Je suis un cœur sensible qui s’abstient

Allons-y avec une grande déclaration : j’ai le coeur sensible et je déteste les décorations d’Halloween à saveur mortelle. Les pierres tombales envahies de toiles d’araignées, les pendus qui pendouillent des arbres, les mains visqueuses qui sortent des tiroirs.

Il fut un temps où chaque année, mon terrain se transformait hors de ma volonté en cimetière. Les tombes creusées à même le parterre, les squelettes en plastique cheap qui laissaient dépasser un genou ou un crâne, les rats en caoutchouc qui pue et à la gueule sanglante. Mon corps avait le goût d’expulser mon malaise.

Le soir du 31 octobre, la musique macabre résonnait dans tout le quartier à partir de notre porte d’entrée. Mes enfants adoraient, les voisins en parlaient pendant un mois. Je souriais à voir le plaisir des autres, mais le mien n’y était pas du tout.

Autant le contact avec le monde des morts ne me fait pas peur, autant cette façon de rendre la mort ludique me répugne. Respect, s’il vous plaît ! Pourtant, j’ai joué à la cachette entre les pierres tombales devant ma maison d’enfance. J’ai piqueniqué avec mon père en plein hiver au milieu du cimetière pour lui piquer une jasette. Mais jouer à imiter la mort ? S’amuser à faire peur avec des bouts de faux cadavres ? Bof. Je l’écris et mon nez se plisse en signe de dégoût. Ça me tord en dedans, j’ai le goût de me réveiller le 2 novembre quand toutes les décos seront disparues.

Je sais bien que l’Halloween, ce n’est pas juste une fête de paillettes et de superhéros. C’est une fête de morts (parfois atroces… combien de déguisements impliquent un poignard dans la tête, un cou tranché ou un cœur arraché ?), une fête de peurs, une fête de chaos. Je préfère me concentrer sur le côté foufou de la fête. La citrouille qui vomit, ça me va. Les repas zéro vitamine, ok pour moi. Les dodos pas d’heure, cool. Les déguisements, tant que ce n’est pas violent (je m’assume, même au cégep, je skippais les cours d’histoire où on regardait des films de guerre).

Cette année encore, les terrains décorés sont plutôt rares. Un seul de mes enfants a le goût de récolter des bonbons et ira avec ses amis. On cuisinera en équipes des bouts de menu thématique. On fera une chasse aux bonbons à la maison. On recevra des amis. On ira peut-être dans un marché local qui organise une activité d’Halloween. On a commandé des gâteries sucrées et santé d’une entreprise locale, les Délices sublimes. On aura du plaisir et du temps. Simple, simple, simple.

Je veux bien jouer le jeu pour mes enfants, mais en me respectant. Je suis un cœur sensible qui s’abstient de visiter les zones d’inconfort trop grand. J’en ai conscience et je m’autocomprends. Quand les besoins des uns rencontrent les limites des autres, j’aime bien trouver un moyen de moyenner ! Si mes enfants tiennent absolument à visiter un cimetière (ce dont je doute), on en visitera un pour honorer ses habitants et les vivants qui s’ennuient d’eux.

Nathalie Courcy, votre accompagnante à l’écriture

Nathalie Courcy

Je suis passionnée de mots, de communication et de bien-être global. Je suis la co-auteure du livre Zoé douée et propriétaire des Éditions Quatre et demi. Je détiens un doctorat en littérature (U. Laval). Je suis la maman heureuse de quatre magnifiques enfants.

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